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Clôture interstellaire.

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Ce Festival de Cannes 2019 a été placé pour moi sous le signe des rencontres. Grâce à l’aide de l’équipe de Cannes Classics et des équipes des films sélectionnés j’ai pu m’entretenir pour discuter de la création, de la restauration et de la valorisation des films de patrimoine ou sur l’histoire du cinéma. À chaque fois ces vingt minutes passées autour du cinéma ont été enrichissantes. Quelque soit leur rôle, le genre de film leur pays ou la date de leur film ils communiquent une passion du cinéma et donnent à chaque fois envie de voir et revoir des films.

Nicole et Félix le Garrec (Plogoff des pierres contre les fusils) et leur engagement total pour filmer une lutte politique ; Gian Luca Farinelli de la Cinémathèque de Bologne (ayant travaillé sur la restauration de Miracle à Milan de Vittorio de Sica, Palme d’Or 1951) et sa passion communicative pour parler des films d’hier comme d’aujourd’hui ; Férid Boughédir (Caméras d’Afrique, 20 ans de cinéma africain) et son double regard de critique/créateur sur des réalisateurs oubliés de l’histoire du cinéma ; Midge Costin (Making Waves, the art of cinematic sound) et son envie de sensibiliser tous les publics à la nuisance émotionnelle et physique du son ; l’équipe de restauration du film L’Âge d’Or de Buñuel (Hervé Pichard et Céline Ruivo de la Cinémathèque Française et Isabelle Dair et Alice Moscoso du Musée d’Art Moderne du Centre Pompidou) et leur sens de la fidélité envers le film original qu’ils défendent avec passion ; et enfin Pierre-William Glenn (Les Silences de Johnny) et son hommage intime, cinéphilique et réhabilitateur envers son ami et acteur Johnny Hallyday.

Un immense remerciement à chacun d’entre eux

Thibault Elie

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Ce matin, après mon dernier lever de soleil cannois, le train de 6h26 m’a transportée de la grisaille de la Cote d’Azur à la grisaille parisienne. Alors, vous me direz « ça va, tu n’es pas trop dépaysée alors! ». Et je vous répondrai sur un nuage que si, je le suis. Je n’étais pas à vraiment à Cannes, je n’ai trempé qu’une fois mes pieds dans la mer, et je n’ai visité la ville que pour chercher de la nourriture à prix raisonnable à des heures improbables. Je n’étais pas vraiment à Cannes, mais à son festival du film, et le territoire que j’ai découvert était fait de salles de cinéma et de plages où l’on en parlait. Vous me direz « quel dommage de s’enfermer dans des salles obscures à longueur de journée », et je vous répondrai que j’y ai découvert mille richesses. Films anciens ou inédits, adorés ou détestés, tous m’ont apporté quelque chose et m’ont permis d’avoir des débats passionnants avec des inconnus, d’anciens et de nouveaux amis. Vous me demanderez « alors, tu as vu des stars? », je dirai que oui, et vous me direz « de toute façon, ce sont des personnes comme nous ». Je vous répondrai que oui, mais des étoiles dans les yeux, j’ajouterai qu’il est incroyable de recevoir un sourire bienveillant de Claire Denis en cherchant une invitation pour le théâtre Lumière. Je vous parlerai de l’émotion de Lina Wertmüller sous les applaudissements de la salle Bunuel après la projection de Pasqualino Settebellezze, et je vous parlerai de mon émotion lorsque j’ai pu remercier Céline Sciamma pour son travail lors d’un face à face de 15 secondes.

Pouvoir accéder aux films de la sélection Cannes Classics pour mon premier festival de Cannes était une chance que je ne peux pas nier. Mêler les trésors vus en salle Bunuel et les films inédits tout aussi intéressants des autres sélections n’a fait que renforcer ma certitude que, pour être pleinement appréciée, la grande toile du septième art doit être vue sous toutes ses coutures. Alors, vous me demanderez sûrement « tu penses y retourner l’année prochaine? » et je vous répondrai que oui, c’est une évidence !

Emilie Dumesny

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Caché dans une villa cannoise, à l’abri de la foule, le Jury présidé par Alejandro González Iñárritu a délibéré toute la journée.

Tandis que le soleil descend derrière les panneaux au prix exorbitants de Canal +, d’Elle Driver (oui, le nom de l’assassine monoculaire dans « Kill Bill »), de Magnum, de Nespresso, de la Quinzaine,… Quelques mouettes, pourchassées par des faucons autour du somptueux hôtel Majestic, coassent.

Les talons qui s’enfoncent dans le sable des plages privatisées, la vodka au thé matcha préparée avec amour pendant 6h par une hôtesse en charge des soirées cocktails, la dose de caféine pour tenir le rythme de 5 à 7 films par jour, les galères cartonneuses pour trouver nos invitations manquantes en bas des marches, les rencontres impromptues,…

Mais trêve de tergiversation. Les notes de Saint-Saëns ont sonné. La montée des marches commence.

Le compte à rebours est enclenché. Le mystère du Jury se dissipe tandis que les rumeurs se solidifient en certitudes. Plus que quelques minutes avant d’assister au Palmarès ultime sous la joute assidue et sarcastique de l’éloquent Edouard Baer.

Mais cette Compétition, dont la Cérémonie de Clôture marque le point d’arrêt annuel du Festival, n’est pas tout, au contraire. De plus en plus de prix sont remis en dehors de cette Cérémonie.

L’espace Marché pullule de producteurs et de distributeurs qui ne sont pas forcément là pour dévorer 24 (voir 48, 60, 120 pour les assidus) images par seconde pendant des heures mais pour négocier leur prochain contrat. Les sections parallèles. Les films surprises hors-compétitions. Un Certain Regard, les séances spéciales, la Cinéfondation,…

Mais surtout, les restaurations inédites du département de « Cannes Classics ».

Celles-ci nous ont plongés au coeur même de multiples schémas culturels que nous n’avons pas eu l’occasion de vivre. Des mélodies, des paroles, des expressions, des gestes à présent gravés dans nos mémoires sensorielles.

Pour ma part, j’ai pu interviewer deux figures féminines phares de l’industrie cinématographique : Margaret Bodde et Lina Wertmuller.
La première est directrice de la « Film Foundation » de Martin Scorsese basée à New-York et productrice de nombreux de ses documentaires en passant par l’histoire du Blues, de Bob Dylan jusqu’aux écrits de Fran Leibowitz. La deuxième est la première Doña à entrouvrir la porte de la Cérémonie des Oscars dans la section « Meilleure Réalisation » avec son film « Pasqualino Settebellezze » au sein de l’Academy of Motion Picture Arts and Sciences dans les années 1970.

J’aimerais laisser ces quelques mots aux reporters de la Sorbonne qui nous suivront les prochaines années.

Cette citation apparaît dans le dernier film de Terrence Malick, « The Hidden Life », que nous avons vu en Compétition Officielle…

« The growing good of the world
Is partly dependent on unhistoric acts;
And that things are not so ill with you and me
As they might have been,
Is half owing to the number who lived faithfully a hidden life,
And rest in unvisited tombs. »

On peut vite se sentir étranger au Festival de Cannes, voire écrasé par les imposantes manifestations extatiques du public.

Le Palais est un lieu qui préserve la reconnaissance artistique. Nombre d’individus ont vu se décupler instantanément la leur dans ce lieu. De l’intérieur, on entend les acclamations assourdies tandis que toute l’organisation sue pour orchestrer le show à venir.

Ne dit-on pas que les artistes du 7ème Art sont les nouvelles icônes divines modernes ?Malgré cette dimension, les rencontres y sont loin d’être factices.

Lors d’une interview officielle, Alejandro González Iñárritu dit : « Je crois personnellement au pouvoir libérateur et humanisant du cinéma. Je crois en la puissance des images et des idées, celles qui portent des histoires qui peuvent vraiment nous secouer, toucher le plexus solaire de nos existences. Un festival ou une expérience communautaire de ce type peut, à un moment donné, lancer une sorte de vague, et affecter le plus grand nombre au niveau sensoriel. »

Et c’est uniquement grâce au regard du public que peut se former cet éclat lumineux ; beau paradoxe qu’est cette force inconnue que portent en eux les gens méconnus.

Nos perceptions sensorielles et audiovisuelles ont été mises à rude épreuve. Cette expérience de deux semaines a visiblement et durablement amplifié nos connaissances et potentiels cinématographiques.

Escalader le tapis rouge au milieu des photographes et personnalités pour accéder aux avant-premières mondiales, ce fut comme guetter au pied d’une montagne et observer patiemment des fragments humains en pleine transsubstantiation.

« It was like
Being at the bottom of a Mountain
Looking up
And ask to oneself : 
Who’s mad enough to climb up there ? »

Clarisse Degeneffe

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Ainsi s’est achevée, ce qui fut pour moi, une toute première expérience festivalière. Et pas des moindres, puisque cannoise.

Le rythme nouveau, inhabituel, exténuant mais cependant hypnotique de cet exercice cinématographique m’aura permis d’apprendre à aménager une journée, en prenant conscience du fait que vingt-quatre heure ne sont pas suffisantes pour s’adonner à toutes les tâches fascinantes qui ornementaient alors mon emploi du temps. La découverte en salle de films du patrimoine fut quelque chose de très fort, m’ayant révélé les multiples possibilités de visionnage d’une œuvre filmique.

Revoir le célèbre Shining de Kubrick dans de telles conditions – et non pas sur un poste de télévision cubique et quelque peu archaïque, comme cela avait été le cas pour mon tout premier visionnage de ce film – est une chose toute différente, et le long-métrage m’a presque paru étranger tant l’exaltation que j’éprouvais pour celui-ci sur grand écran était déroutante. J’ai finalement dû attendre cette année pour découvrir réellement ce long-métrage, comprenant également des scènes inédites et jamais vues auparavant.

Pour en revenir au festival plus généralement, je tiens à affirmer que je suis extrêmement reconnaissante envers ceux et celles qui ont pu nous permettre de vivre cet édifiant séjour cannois, et que je songe désormais à réitérer l’aventure au plus vite (malheureusement, j’ai ouï dire que le festival ne se tenait qu’une fois par an… Fatum !).

                              
Marion Bevilacqua.

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