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La passione di Anna Magnani, E. Cerasuolo (2019) : « C’est très beau d’être libre ».

Anna Magnani

Ce très beau documentaire réalisé par Enrico Cerasuolo (2019) ne cherche pas à retracer de manière chronologique ou biographique les évènements marquants de la vie de celle qui fut l’une des icônes du néoréalisme italien, Anna Magnani, mais tente plutôt de dresser un portrait fort et poétique d’une femme au caractère herculéen.

Dès le début du film, le cinéaste affirme (en voix off) que son unique dessein lors de la réalisation d’un documentaire sur celle que l’on surnommait « La Magnani » était d’apprendre à connaître réellement l’actrice. C’est suite à la découverte de la très célèbre scène de la mise à mort de la femme incarnée par Magnani dans Roma città aperta (1945) -réalisé par le pionnier du courant néoréaliste, Roberto Rossellini – que Cerasuolo eut le désir de s’intéresser davantage à cette femme au jeu envoûtant et criant de vérité.

Anna Magnani dans « Rome ville ouverte » (1945), R. Rossellini.

Constitué de rencontres avec Luca Magnani (fils de la comédienne), d’images d’archives publiques et personnelles, d’extraits de films, ce documentaire dépeint avec grâce et sensibilité la manière d’être au monde qu’avait la grande Magnani – celle qui affirmait ne pas être facile à vivre : « Mais vous savez, parfois on mord par peur d’être attaqué ».

Anna Magnani, plus encore qu’une actrice, fut l’une des premières icônes féminines non sensuelles. À cheval entre une féminité éclatante et un comportement parfois très masculin, La Magnani ne correspondait pas aux canons esthétiques du cinéma de son époque, et a pourtant su se faire connaître mondialement, aussi bien au sein de son pays natal, qu’aux Etats-Unis, en Allemagne ou encore en France.

Connue pour sa carrière d’actrice aux côtés des figures les plus importantes de son époque, telles que Luchino Visconti, Roberto Rossellini, Jean Renoir, Tennesse Williams ou bien Luigi Zampa, Anna Magnani avait cependant une passion plus ancienne et authentique pour le théâtre. Le film nous propose un certain nombre d’extraits de pièces auxquelles elle a participé, rendant ainsi compte de l’essence tragique et dramatique de l’actrice. En fin de carrière, et quelque peu déçue par le cinéma – milieu qu’elle considérait comme étant très cruel -, elle reviendra finalement au théâtre.

Anna Magnani dans « Le carrosse d’or » (1952), Jean Renoir.

Amoureuse de la vie, effrayée par la pensée de la finitude des choses, La Magnani, femme sensible, bien que robuste, affirme alors d’une interview appartenant aux archives cinématographiques : « le côté démesurément tragique de la mort, c’est cela qui me déplait »

L’intérêt de La passione di Anna Magnani repose également en la force de son montage, mêlant ingénieusement des extraits d’archives (par exemple l’arrivée de l’actrice Ingrid Bergman en Italie, pour son premier rôle aux côtés de Rossellini) ainsi que des extraits de films dans lesquels joue Magnani (Anna au téléphone dans La Voix humaine de Rossellini, délaissée par son amant).

Anna Magnani, image d’archives.

La succession de ces différents types d’images permet à la fois l’illustration d’évènements survenus aux cours de la vie de l’actrice (ici la fin de sa relation avec Roberto Rossellini après l’arrivée de Ingrid Bergman, dont le cinéaste est tombé amoureux), ainsi que le surgissement du tragique et de la force émotionnelle du jeu d’Anna, directement puisés dans son répertoire de sensations personnellement vécues.

Article écrit par Marion Bevilacqua, publié le 24/05/19.

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